Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, une cyberattaque contre les systèmes de régulation frigorifique a touché plus de 700 supermarchés français. Des chambres froides ont subi des hausses anormales de température. À Gradignan, en Gironde, un magasin Intermarché a déclaré 21 000 euros de pertes sur les marchandises.
Une fois l’incident constaté, les équipes ont dû examiner les stocks concernés, vérifier les conditions de conservation et retirer les denrées présentant un risque sanitaire. Dans une chaîne d’approvisionnement où les produits changent plusieurs fois de site avant leur mise en rayon, retrouver les lots et leurs mouvements demande des enregistrements précis.
De la ferme au magasin, la RFID permet d’identifier les caisses, palettes et contenants à différentes étapes du transport. Les données recueillies peuvent être associées aux lots alimentaires, aux expéditions et aux relevés de température. Les données doivent ensuite être transmises entre producteurs, transporteurs et distributeurs sans perdre les références des lots.
De la récolte à l’entrepôt : garder la trace des lots
Dans une station fruitière, les caisses arrivent du verger, passent au tri, puis sont réparties entre plusieurs commandes. Un même lot de récolte peut être conditionné sous différents formats et expédié vers plusieurs plateformes. À chaque changement de support, les informations d’origine doivent rester accessibles.
Les étiquettes RFID UHF peuvent être fixées sur les caisses, les bacs ou les palettes. En Europe, elles fonctionnent généralement dans la bande de 865 à 868 MHz. Un portique installé à la sortie d’un atelier peut relever plusieurs identifiants au passage d’un chargement, sans imposer la lecture individuelle de chaque code-barres.
Dans les stations de conditionnement, trois niveaux d’identification sont couramment utilisés :
- À la caisse, pour les produits regroupés et susceptibles d’être répartis entre plusieurs commandes.
- À la palette, pour les chargements homogènes circulant entre sites de production et entrepôts.
- Au contenant réutilisable, lorsque les bacs effectuent plusieurs rotations entre fournisseurs et distributeurs.
Une palette de produits laitiers peut ainsi être enregistrée à la sortie de l’usine, puis à son arrivée dans une plateforme frigorifique. Le système retrouve les références transportées à partir des associations établies au conditionnement.
Si les caisses sont redistribuées sur d’autres palettes, ces nouvelles associations doivent être enregistrées. Un identifiant RFID renseigne sur le passage d’un support ; son contenu exact reste tributaire des données saisies dans le logiciel.
Dans le camion frigorifique, deux suivis complémentaires
Au départ d’un entrepôt, les marchandises peuvent attendre quelques minutes sur le quai avant leur chargement. Pendant une tournée comportant plusieurs livraisons, les ouvertures répétées des portes modifient également la température de l’air dans la remorque.
Les produits surgelés doivent généralement être maintenus à −18 °C ou moins, sous réserve des tolérances réglementaires applicables. Les températures exigées pour les viandes fraîches, les poissons ou les produits laitiers varient selon leur catégorie.
Une étiquette RFID passive ordinaire identifie une marchandise lorsqu’un lecteur l’interroge. Elle n’enregistre pas continuellement la température. Pour conserver un historique thermique, le transporteur doit disposer d’un équipement adapté.
Selon les équipements embarqués, le transporteur dispose de différentes possibilités de suivi. :
- L’étiquette RFID UHF passive permet d’identifier les caisses et les palettes aux points de passage équipés de lecteurs.
- Le transpondeur RFID avec capteur thermique fournit des mesures selon ses caractéristiques électroniques et ses modalités de lecture.
- L’enregistreur autonome de température conserve des relevés horodatés pendant le trajet, y compris sans lecteur RFID à proximité.
Au chargement, l’identifiant d’une palette peut être associé au véhicule, à la tournée et au dispositif de mesure. À destination, le réceptionnaire retrouve les informations correspondant aux marchandises livrées.
Si une alarme thermique se déclenche, les enregistrements permettent de rechercher les lots présents pendant la période concernée. L’analyse doit tenir compte de la durée d’exposition et de la température réellement subie par les aliments. Une hausse momentanée de l’air ambiant n’a pas nécessairement les mêmes conséquences qu’une panne frigorifique prolongée.
Humidité, condensation et métal : ce qui perturbe la lecture RFID
Dans une chambre froide, les cartons peuvent absorber l’humidité et les films d’emballage se couvrir de condensation. Les produits riches en eau, notamment les viandes, poissons et préparations liquides, compliquent également la propagation des ondes UHF.

Une étiquette lisible sur un carton vide peut présenter une portée nettement inférieure lorsque le colis est rempli. Le métal modifie lui aussi le comportement des antennes, particulièrement lorsque l’étiquette est directement appliquée sur une surface métallique.
Le choix du transpondeur doit tenir compte des conditions rencontrées sur le terrain :
- Support de fixation : carton, plastique, film souple ou métal.
- Conditions thermiques : stockage réfrigéré, congélation et variations de température.
- Exposition à l’humidité : condensation, nettoyage et contact avec des emballages mouillés.
- Configuration de lecture : orientation des étiquettes, disposition des palettes et distance aux antennes.
Les puces Impinj M830 et NXP UCODE 9 sont utilisées dans la conception d’étiquettes UHF pour l’identification logistique. La portée dépend également de l’antenne du transpondeur, de son encapsulation et du matériau sur lequel il est fixé.
Parmi les références proposées par DTB RFID, l’étiquette anti-liquide DTB-C66F, équipée d’une puce FM13UF011X, présente une portée annoncée d’environ 2 mètres dans les conditions d’essai spécifiées. Sa température de fonctionnement est comprise entre −20 °C et 80 °C.
Ces caractéristiques ne suffisent pas à garantir son comportement sur un emballage congelé. La tenue de l’adhésif, les cycles de condensation et les performances de lecture doivent être vérifiés sur les supports prévus.
Sur un quai frigorifique, les essais réalisés avec des palettes entièrement chargées sont particulièrement utiles. La position des étiquettes, parfois modifiée de quelques centimètres, peut influencer sensiblement les résultats.
Le suivi des contenants réutilisables, un cas concret en France
Les bacs et plateaux réutilisables circulent entre cuisines centrales, transporteurs, établissements de restauration et zones de lavage. Leur retour n’est pas toujours immédiat, et les pertes deviennent difficiles à identifier lorsque les mouvements sont consignés manuellement.
À Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, la cuisine centrale municipale utilise depuis septembre 2026 la RFID pour suivre les barquettes en acier inoxydable destinées au portage de repas à domicile.
La collectivité dispose d’environ 1 600 contenants. Selon leur format, chaque barquette coûte entre 7 et 11 euros. Les livreurs utilisent des lecteurs capables d’identifier plusieurs barquettes pendant les tournées. Au retour, deux antennes installées dans la laverie enregistrent leur passage.
Le dispositif représente un investissement initial d’environ 15 000 euros, licence comprise, auquel s’ajoutent des frais annuels annoncés entre 1 000 et 2 000 euros.
Les premiers essais ont montré que la portée de lecture devait être améliorée. Les contraintes liées à l’acier inoxydable, au contact alimentaire et au passage au micro-ondes ont pesé sur le choix du matériel.
Dans les circuits de distribution frigorifique, une organisation comparable peut servir au suivi des caisses plastiques et des bacs réutilisables. Les mouvements des contenants sont enregistrés séparément des lots alimentaires, tout en restant associés aux livraisons.
Retrouver les marchandises lors d’un rappel alimentaire
Le règlement (CE) nº 178/2002 encadre la traçabilité des denrées alimentaires dans l’Union européenne. Son article 18 impose notamment aux exploitants de pouvoir identifier leurs fournisseurs ainsi que les entreprises auxquelles leurs produits ont été livrés.
La réglementation n’impose pas la RFID. Les informations peuvent être enregistrées par différents moyens, pourvu qu’elles permettent de retrouver les produits concernés et leurs destinataires.
La spécification ISO/TS 31514:2025 traite de la traçabilité alimentaire dans les opérations logistiques sous température contrôlée, notamment le stockage, le transport, le chargement et le déchargement.
Lorsqu’un lot doit être retiré de la circulation, les données RFID peuvent faciliter les recherches :
- Retrouver les unités logistiques associées au numéro de lot concerné.
- Consulter les mouvements enregistrés entre les entrepôts, plateformes et magasins.
- Localiser les marchandises restantes dans les installations équipées de lecteurs.
- Documenter les retraits et les changements de statut dans le système de gestion.
Dans un entrepôt desservant plusieurs dizaines de magasins, les opérateurs peuvent ainsi cibler les palettes à contrôler à partir des mouvements enregistrés.

Encore faut-il que les associations entre identifiants RFID, références commerciales et numéros de lots aient été correctement établies. Une palette retrouvée dans le logiciel ne permet pas d’identifier son contenu si les opérations de reconditionnement n’ont pas été enregistrées.
Choisir les étiquettes selon les opérations de stockage et de transport
Dans une station de conditionnement, les étiquettes sont souvent appliquées sur des cartons ou des caisses plastiques. Leur format doit permettre une fixation stable malgré les manipulations et l’humidité.
Sur les palettes, le positionnement dépend des antennes installées aux quais. Les produits contenant beaucoup d’eau peuvent réduire la portée ; les essais doivent donc reproduire la disposition habituelle des marchandises.
Les contenants réutilisables nécessitent une résistance mécanique adaptée aux rotations et aux lavages. Pour les supports métalliques, des étiquettes spécialement conçues pour ces surfaces peuvent être nécessaires.
Les températures annoncées par les fabricants doivent être examinées avec attention. Une étiquette prévue pour une chambre froide positive ne convient pas automatiquement à un stockage prolongé à −25 °C. Le circuit intégré, l’antenne, l’encapsulation et l’adhésif doivent supporter les conditions d’utilisation.
Les identifiants collectés sont ensuite associés aux données du WMS, de l’ERP ou du logiciel de traçabilité. Dès les essais, il convient de vérifier que les mouvements enregistrés correspondent bien aux lots, aux commandes et aux documents de transport.
Un test réalisé sur quelques cartons secs donne peu d’indications sur les performances d’un portique devant une palette de produits frais. Sur un quai frigorifique, les derniers réglages portent généralement sur l’orientation des antennes et la position des étiquettes sur les palettes chargées.

